1/4 heure photo du 29 mai 2019 : "Rizière" par Guy Feltz

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L'analyse de Michel Bintz :

Guy,

Cette scène de la vie quotidienne, que tu as dû prendre au cours d’un voyage en Asie, présente à mon sens quatre scènettes  juxtaposées :

- sur la gauche, un enfant qui ne regarde pas l’engin en pleine action, mais plutôt une scène que nous ne voyons pas ;
- au centre, un homme en appui à l’arrière de son motoculteur vraisemblablement dans une rizière. Il est arc-bouté sur sa machine qu’il a du mal à maîtriser, elle est trop forte, trop rapide et sans âme.
Cette scène signifie également un changement d’époque, la fin du travail avec le Bubalus bubalis (buffle d’eau) et la mécanisation du labourage dans la culture du riz ; malgré tout, la rudesse du travail est encore bien présente ;


- à droite, un premier duo d’enfants qui visiblement s’écartent à l’arrivée de cet engin ; ils s’écartent précipitamment, l’un des deux porte un bidon vide qui devrait contenir quelque chose, peut-être de l’eau et commence à courir ; l’attitude de la jeune fille en T-shirt rouge est moins précipitée, mais prévoyante ;
- dans le deuxième duo, la jeune fille au short bleu mouillé, le poids le faisant glisser, ne paraît pas effrayée, elle ne montre aucun signe de retraite, elle gère ; mais en même temps, c’est la plus éloignée du danger potentiel. Par contre, l’enfant au sweat orange entame un recul rapide souligné par le mouvement de l’eau boueuse.

Le climat général de cette photo balance entre calme et fureur.
Le calme du paysage bien vert, on y distingue d’autres rizières, une colline et la rizière qui paraît être un terrain de jeux pour les enfants.
La fureur amenée par l’engin de belle taille dont on peut deviner le bruit assourdissant et l’homme qui va droit devant lui, le regard pointé devant lui sans visiblement se soucier de la présence des enfants.

Sur le plan technique, il est à souligner les reflets des enfants dans l’eau troublée.
La vitesse aurait peut-être être dû un peu mieux maîtrisée, mais l’urgence de la situation ne l’a sans doute pas permis.
À mon sens, le cadrage souligne bien le contenu, chacun étant à sa place, les scénettes étant bien séparées et le décor remplissant son rôle d’élément explicatif de la situation.
Les 2/3-1/3 sont respectés et sont soulignés par la bordure de la rizière voisine.

Enfin pour finir, une proposition de titre pour ta photo en paraphrasant le roman d’Amélie Nothomb, «  Stupeur et tremblements  ».

 

L'analyse d'Alain Thébault :

A l’ouverture de la photo de Guy,  je deviens aussi le témoin d’une scène de labour. Mais je me demande : où dois-je aller pour en savoir plus ? Les pays de rizières sont nombreux, mais l’intérêt de ce partage n’est pas le seul message envoyé par Guy, je le pense.

L’analyse d’une photo c’est aussi s’aventurer sur la relation avec l’auteur à un moment précis. Je me dois de poursuivre l’enquête et peut être dévoiler ce choix bien particulier. Je m’aventure un peu plus ! Guy, cette photo est à ton image : action, sens de l’effort, avec une volonté certaine d’aller plus loin. Ce constat se dégage par le choix de cette scène d’un homme en plein labeur. Ton émotion est venue jusqu’à figer le mouvement  et appliquer un effet  miroir pour en prolonger l’intérêt touchant qui accompagne ces enfants. Ces enfants nous rassurent sur l’avenir ! Il n’y aura pas de panne, le plein sera assuré, la ligne est tracée, et tu n’auras pas été le seul témoin, car l’enfant à gauche a un regard tourné vers une autre destination, son destin futur peut être !

Dans ta photo il y a la vie, les couleurs du renouveau : alors, Guy, le mystère, il est où ? Une interrogation encore si tu me permets : Guy, comment fais-tu pour aussi être discret pour ne pas attirer l’attention sur ton chemin ? Pour cet endroit, peut-être avais tu les pieds au sec, voir des bottes bien étanches pour parfaire cette luminosité ?

Bon je vais faire mon enquête scientifique.
Je tiens un indice : la priorité à l’ouverture, choix volontaire - ou pas - a fait le meilleur rendu pour une photo à main levée. Le résultat est la découverte surprenante de la  photo reportage, du mouvement, une bonne luminosité et une surprise agréable sur la profondeur de champ.

Oui, nous aimerions voir plus souvent ces photos de reportage pour nous rappeler que les enfants sont témoins de ce que seront leurs missions futures, quand ce père sera rattrapé par son temps de labeur.

Merci Guy pour cette belle photo.

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