1/4 heure photo du 27 Mars 2019 : "A do lé woun" par Alain Thébault

2019 03 qhp ath cc
L'analyse de Pierre Heckel :

Photo sobre et très expressive à la première lecture de l'image.
Composition parfaite dans les règles des tiers, une lumière exceptionnelle, bien gérée par le capteur.
Notre regard est immédiatement attiré par les yeux de cet enfant, un regard qui interpelle et révèle quelque peu ses conditions de vie sociale.
Le bol est vide, à quelques graines près et l'espace à droite sur la photo (2/3) est également vide, l'enfant ne porte, à priori, aucun vêtement !
La diagonale matérialisée par la séparation du mur bleu d'avec le sol gris, emmène notre regard vers le bas, vers l'inconnue puisque nous ne voyons pas le reste du décor. Encore un point fort de la composition !

Tout fonctionne idéalement dans cette photo qu'Alan nous propose ; inutile d'aller chercher dans les exifs pour essayer de savoir ce qu'il aurait fallu améliorer (son XT-10 a bien fait sa part de travail) et Alan a su bien faire ce qu'aucun appareil photo, aussi sophistiqué soit-il, ne saura faire : observer une situation, une scène de vie, cadrer et déclencher au bon moment. Pour moi c'est une photo d'école.

Un dernier commentaire au sujet de la sobriété de cette photo : elle ne donne pas dans le "misérabilisme" ; certes on ne connait pas le pays, le lieu de prise de vue, l'enfant ne porte pas de vêtements (à quoi bon...), elle mange à même le sol, mais le beau bout de tapis bleu à gauche et la boucle d'oreille (je suppose donc que c'est une petite fille), laissent à penser que la situation n'est pas désespérée. Je m'engage certainement en disant cela, mais dans les rues, tout à coté de chez nous, il y a des enfants qui vivent dans des conditions probablement bien pires que cet enfant. Merci Alan pour le partage de cette photo.

Une deuxième analyse de Alain Goirand :

Trop souvent dans une photo on se perd. Ici aucun souci, l'image est percutante d'évidence.
Cette fillette vit au Togo... La couleur du mur comme un clin d'œil aux hommes bleus...? Peut-être.

Les premiers commentaires s'attachent le plus souvent à la composition de l'image. Qu'en dire...? Elle est simplement parfaite. Non seulement elle obéit au nombre d'or, mais pas seulement... Elle s'inscrit avec une précision quasi géométrique dans la spirale dorée... Une prouesse volontaire ? Certainement pas... Plus sûrement le réflexe instinctif d'un regard exercé.

Cette photo, je le suppose, a été réalisée lors d'un récent voyage au Togo (le titre en langue Ewé peut le laisser penser), Alan œuvrant pour une ONG. Je pourrais en vérifier les dates au travers des exifs. C'est une chose que je ne fais que très rarement (c'est pour moi un peu comme m'inquiéter des ingrédients d'un plat pour en apprécier la saveur...).

Comme je le disais, l'image est percutante. Un regard puissant qui semble calmement défier le photographe. Les yeux qui regardent vers le haut, la légère vue en plongée accusent cette sensation... Il n'y a pas de crainte mais une ferme assurance de l'enfant qui vient de finir de manger. Aucun misérabilisme dans cette image. La pause de l'enfant est apaisée. Le bleu (couleur dominante) accentue cette sensation de force et de sérénité. Les éléments de l'image donnent quelques indications sur le contexte.

Un sol maçonné, le mur, le tapis, le bol en inox, tout donne à penser que nous sommes dans un environnement non pas confortable au sens où nous l'entendrions, mais protégé... Un dispensaire, un orphelinat peut-être... Alan pourra nous éclairer.

L'enfant et le photographe semblent bien se connaitre... Le titre de la photo peut le suggérer. Alan, tu as perdu... Quel était la nature du jeu entre le photographe et l'enfant...? Encore à Alan de nous le dire. Si Alan a encore 4 ou 5 images de cette puissance, il est à la tête d'une superbe série.

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