1/4 heure photo du 25 Mai 2016 : "Les pistes cyclables" par François Spring

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Un premier commentaire de Alain Thébault :

François, j’aime les photos qui m’arrangent, et pour parler de la tienne, il convient de prendre la bonne piste. Une page d’histoire, certes, qu’il me faut décrypter et le tout sur la position « arrêt » à l’ouverture. Je ferme les yeux et me voici en route pour l’aventure !
François aime enfourcher sa bicyclette et longer le canal du Rhône au Rhin afin de mesurer des performances qu’enfin j’ose imaginer. Après quelques minutes, j’ouvre les yeux.
À la lecture de l’image, je partage la démarche de François sur le fait qu’il puisse mettre pied-à-terre à l’approche d’un obstacle, ceci afin d’éviter d’embrasser cette pile de pont et voir trente-six flashs et perdre les trente-six vues de sa pellicule Ilford XP2. Je le vois le grand François qui dégaine avec son mythique et incassable Konika Hexar.
"Je vais me le faire ce pont, rien à l’horizon, j’arme et je déclenche". Vous avez devant vous le résultat.
Premier constat, la lumière a emprunté le canal et projeté François dans la dure réalité. Mais ce pont massif fait de l’ombre ! Deux panneaux font de la résistance, les arbres se plaignent, un cycliste s’échappe afin de connaître sa nouvelle destinée.

Mais il y a une lueur d’espoir, une respiration sur la base d’un voire deux diaphragmes pour attirer notre regard dans ce paysage aux lignes rudes. Que veut nous faire partager l’auteur à travers cette image ? Je prends donc en compte son parcours. Un écran s’ouvre, je peux enfin contempler le reste de la pellicule de François et reprendre vie sur le reste de la piste cyclable. Beaucoup d’eau a passé sous le pont, François aime taquiner la gâchette, mais par manque de munitions, le pont est toujours en place. Bien joué, bon cadrage, virage bien négocié, il fallait oser et derrière ce pont, je te souhaite une bon éclaircissement dans cette zone d’ombre.

L'analyse de Gilbert Woerth :

1) Première impression : le sujet de cette photo est un paysage urbain pris sur le vif sur une piste cyclable située au bout du parc Heyritz et qui passe sous le pont Pasteur. Il semble que François ait voulu nous faire partager une vue qui lui a plu au cours d’une promenade à vélo, sans qu’il y ait à chercher un quelconque message particulier. Cette photo a été prise en fin d’après-midi d’hiver, en léger contre-jour, ce qui en fait une image très contrastée qui laisse augurer une difficulté certaine pour trouver l’ exposition correcte entre hautes et basses lumières.

2) Le cadrage : il nous montre une photo quasiment coupée en deux horizontalement, avec beaucoup de zones sombres dans le bas et un ciel uniformément clair dans la partie haute, avec la présence de quelques arbres et beaucoup d’éléments perturbateurs (grue, feux-rouges, panneaux, lampadaires..). Toute la partie intéressante se situe dans le bas de l’image, alors que le haut ne fait que remplir le cadre. Les deux parties sont d’ailleurs nettement délimitées par le parapet très présent du pont. À titre personnel, j’aurais équilibré la photo en enlevant une partie du ciel, ainsi qu’une partie des zones d’ombres bouchées en bas à droite. Ou alors j’aurais cadré plus bas pour tirer un meilleur parti des reflets du soleil sur l’eau, ce qui aurait un peu éclairci le bas de l’image.

3) L’analyse : ce que je constate, c’est que les hautes lumières sont correctement exposées et ont un beau rendu équilibré qui permet de bien distinguer le cycliste dont la silhouette se découpe sur le triangle éclairé sur le mur. Au loin, sous le pont, la rive et le saule sont bien visibles grâce à un beau dégradé de gris et à une bonne profondeur de champ. C’est cette partie qui capte tout de suite le regard et le guide dans la photo. La force de cette image est là.
Par contre, les zones d’ombres sont complètement bruitées et bouchées, avec très peu de détails visibles sur les berges et les murets. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à me poser des questions !
Connaissant l’expertise avérée de François pour tout ce qui concerne l’exposition correcte d’une photo avec le bon rendu des hautes et des basses lumières, je me suis d’abord dit qu’il a dû utiliser un petit compact sans format Raw ni mesure spot. Puis j’ai essayé de lire les informations EXIF de la photo : Coolscan-V-ED-HEXAR-XP2. Le terme Coolscan pouvait faire penser à une photo plus ancienne ou une diapo qui a été scannée ; mais le parapet du pont est récent. J’ai donc envoyé un courriel à François pour lui demander d’autres EXIF ainsi que le mode de mesure de l’exposition utilisé pour cette photo.
A la réception de sa réponse, j’ai enfin eu la « révélation », c’est le cas de le dire, et j’ai compris que ce que je prenais pour du bruit était en fait du grain, du grain à l’ancienne, avec quand même un peu de bruit.

4) Conclusion : je m’arrête là pour laisser à François le soin de nous développer sa nouvelle démarche photographique liée à cette image.

L'analyse de Florence Remi :

L’image que nous propose François a été prise cet hiver 2016, le long du canal, sur une piste cyclable. Probablement lors d’une de ses promenades à vélo ! À l’ouverture de la photo, mon regard s’est tout d’abord promené partout. J’y ai vu beaucoup de détails avant de me fixer sur le pont. J’ai trouvé cette image chargée et compliquée à analyser. Je vais donc faire de mon mieux…
Alors que le titre de la photo est : « Les pistes cyclables », c’est ce pont qui m’interpelle et il est pour moi le sujet principal. Il est là, au milieu de l’image, en une ligne horizontale et prend quasiment toute la longueur de la photo. Il est comme une séparation entre le bruit des moteurs et le calme des vélos, entre la clarté et l’obscurité. Je m’explique :
Au-dessus du pont, il fait clair, une route passe, il y a des lampadaires, des feux tricolores, une grue etc… tous ces détails décrivent un monde urbain dont la représentation sont le bruit et le stress. Heureusement que les arbres ajoutent leur touche de nature dans cette partie de l’image bien que dépouillés de leur feuillage. Tandis qu’en-dessous du pont, tout devient plus apaisant… l’eau est calme, on sait qu’en suivant ces pistes cyclables on va pouvoir se ressourcer dans un peu de nature, loin de l’agglomération. D’ailleurs, un autre cycliste a la même idée que François, de l’autre côté, sur l’autre piste cyclable à droite… Toutefois, François a le choix de quitter cette piste car dans son cadrage il nous montre une ouverture à sa gauche…
En laissant un peu de côté le pont et en me concentrant davantage sur le titre de l’image, je constate qu’il y a que deux personnages dans l’image. Le cycliste et l’auteur de la photo, François. Tous deux sont à vélo et chacun suit sa piste. Ça y est, j’ai compris le titre !
Je n’y connais pas grand-chose en technique et en composition mais, en ce qui concerne la règle des tiers, le pont est bien au milieu et les pistes cyclables sont bien dans la partie gauche et droite. Il a utilisé une petite ouverture afin de voir chaque détail de l’image. Le choix du noir et blanc permet de mettre en lumière le cycliste, le soleil qui l’attend sur son chemin et de faire apparaître davantage de lignes et de traits dans l’image grâce au contraste.
François a-t-il été attiré par toutes ces lignes ? Car il a fait sa prise de vue au niveau de la rampe qui est parallèle au marquage de la piste cyclable qui, elle-même, est parallèle à la rambarde en haut à gauche du pont (son échappatoire !). Dans la partie de droite (l’autre piste cyclable), figurent les lignes de l’autre rambarde, les lignes d’un escalier éclairé, les lignes du pont mais aussi la verticalité des arbres, des lampadaires et des panneaux de circulation. En fait, l’image est remplie de parallèles et de perpendiculaires.
En conclusion, je pense que François nous invite à gouter aux joies des balades à vélo grâce aux belles pistes cyclables que nous avons à Strasbourg, tout en nous rappelant que le côté urbain n’est jamais vraiment loin…

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