Imprimer
 1/4 heure photo du 11 Mai 2016 : "Félix, le gaucho buvant son maté" par Gilbert de Murcia

QHP du 11 mai 2016 : Gilbert de Murcia

Une première analyse de François Spring :

Gilbert est un habitué des places de podium : ses photos se classent très souvent dans les 3 premières des photos du mois. Gilbert est un bon ami, enfin j’espère que ça va continuer après ce soir, Gilbert est un homme tenace, quoique quelque fois impatient, il peut même être brutal … avec ses fichiers j’entends !
Cette photo je la connais bien puisque dès son retour d’Argentine, il me l’a fait parvenir, dans un avant-goût du futur album qu’il allait mettre sur son site, parmi d’autres dont celle classée première pour le mois de mars : la charrette abandonnée, une parfaite réussite.
Pas d’impatience, j’y viens ! mais un peu avant je voudrais encore parler d’une autre série de photos faite par Gilbert en Auvergne et plus précisément dans une étable où un agriculteur s’occupait à la fourche de la litière de ses génisses, je lui avais cité cette photo comme typique de l’erreur d’exposition à ne pas faire lorsqu’on est confronté à une lumière très difficile : et je lui montrai que s’il avait pré-visualisé sa photo il aurait vu que les quelques hautes lumières éclairant la scène seraient toutes grillées s’il suivait les indications de son appareil, en tous cas s’il s’agissait bien de rendre au mieux l’impression ressentie.

Je lui donnais même la recette pour s’assurer d’un bon rendu : la mesure spot sur les hautes lumières dans lesquelles on veut absolument conserver un peu de détail, on bloque cette valeur et on surexpose de 2+1/3 EV en recadrant bien sûr ! Mais pris par les merveilleux sujets qu’il avait là devant ses yeux, les consignes se sont envolées sans compter que, ayant choisi son petit Sony - par ailleurs un appareil très capable -, l’erreur serait irrémédiable même avec les fichiers RAW.

Donc je pense que cette photo est intéressante premièrement par son objet : ce gaucho au repos savourant son maté, le visage, le regard surtout, l’attitude bien qu’un peu tendue, c’est une bonne image de reportage ; ce qui est bien vu aussi c’est cette, sûrement belle, très belle, lumière arrivant par la fenêtre à gauche (notre gauche) et qui devrait venir dessiner avec douceur et force à la fois la figure principale comme dans un Vermeer, mais rien de tout ça n’y est vraiment, principalement, pour à mon sens, 3 raisons :

1. Dès la prise de vue une sur-exposition très dommageable pour l’ambiance lumineuse générale : 80% des hautes lumières sont cramées ; elles représentent en surface de la photo une bien trop grande proportion : la fenêtre elle-même, sans doute difficile à éviter, mais aussi la toile cirée (ce qui pourrait en grande partie être atténué par un recadrage au carré), mais surtout l’avant-bras posé sur la table et une partie du visage et du nez. Ce qui n’empêche pas par ailleurs des ombres complètement enterrées. Ici, le phénomène est dû à un (post)traitement de cheval (normal pour un gaucho, me direz-vous)

2. Un lissage très exagéré qui fait disparaître tous les détails qui donnent à une matière sa « vérité » : on se croirait au Musée Grévin. C’est un des aspects que je déteste le plus dans la photo numérique : je préfère encore que reste le bruit de luminance qui me paraît plus photographique à défaut d’être photogénique, ce qui a également pour conséquence que même les zones correctement exposées sont laides.

3. Un cadrage vertical un peu bizarre (la hauteur de la visée peut-être ?), car même si les « règles » sont faites pour être enfreintes (en art au moins), le regard manque sévèrement d’espace à gauche. Tu as fait cette photo à une focale équivalent à 100 mm mais vu la focale réelle utilisée, la profondeur de champ reste très importante ce qui n’est pas mal pour ce genre de sujet d’autant que j’ai cru comprendre que vous étiez plusieurs à photographier dans la même pièce et que tu ne pouvais guère employer une focale plus courte.

Cela dit, et je le répète, c’était une belle action de jeu, mais le tir est passé à côté du but. La raison principale est, selon moi, le fait de n’avoir pas choisi au départ dans cet écart énorme de luminosités in-enregistrable pour ton capteur, entre l’ombre et la lumière.

Une deuxième analyse par Christian Sauter :

La Patagonie est surtout une région de paysages impressionnants. Je ressens un petit brin de provocation de la part de Gilbert qui sait que cette destination me tente beaucoup. L'auteur nous propose là le portrait de l'habitant de la pampa. Le sujet est donc évident. En Argentine, en dehors des excellents vins et bières, on déguste le maté à toute heure de la journée. En petits groupes parfois, sur son cheval, au volant de sa voiture....C'est une vieille coutume d'Amérique du Sud.

Venons-en à cette photo traitée en noir et blanc. (Vous constaterez que nombre d'entre nous se convertissent à la « conversion »)

Tout est en place pour cette prise de vue documentaire. Le personnage, photogénique, pose certainement dans sa cuisine, dans une attitude familière. La qualité d'une photo noir et blanc se révèle entre autres par l'étendue de la gamme des gris et des contrastes. La texture de l'épaisse chemise en velours et du béret en témoigne bien. La lumière est naturelle, la fenêtre esquissée contribue à la bonne composition basée sur la diagonale et ses perpendiculaires : mais pourquoi ce rapport de 4 x 5 qui tasse un peu le personnage ? Je propose également de redresser les verticales. Le regard du sujet me perturbe un peu : il est accentué par un œil gauche partiellement tout noir.

Le contrepoint en triangle de la nappe est une bonne idée mais, même si on lit une photo du blanc vers le noir, son rendu brulé dérange.

Je vous encourage à aller voir, sur son site, l'ensemble des photos de Gilbert et peut être vous penserez que ce soir, vous n'avez pas vu la meilleure.